Canciones de Jacques Brel


Esa gente











Para empezar, para empezar,
está el hermano mayor
ese que es gordo como un melón
ese que tiene una gran nariz
ese que no sabe más que su nombre, señor,

que bebe tanto
que tanto ha bebido
que no sabe qué hacer con sus manos
Ése, el que no puede más
ése, que está completamente perdido
y que se cree un rey
pero se emborracha todas las noches
con mal vino
y se lo encuentra todas las mañanas
apoliyando en la iglesia
duro como rulo de estatua
blanco como un cirio de Luján
y que encima balbucea
mientras un ojo le divaga

Hay que decir, señor,
que en casa de esa gente
no se piensa, señor,
no se piensa:
se reza.

Y después está el otro
el de los pelos de zanahoria
el que jamás vio un peine
ese que es malo como una liendre
aunque diga que va a donar su camisa
a las buenas pobres gentes...
Ese que se casó con la Denise
una hija de...l pueblo...
en fin, de otro pueblo...
Y la cosa todavía sigue...

Ése, con sus asuntitos
con su sombrerito
con su sobretodito
con su autito chiquitito...
Ése, el que se manda la parte
aunque no tiene parte de nada...
No hay que jugar a los ricos
cuando no se tiene un centavo...

Tengo que decirle, señor
que en casa de esa gente
no se vive, señor
no se vive:
se trampea.

Y, después, están los otros:
la madre, que no dice nada,
o bien no importa qué.
Y, desde la mañana a la noche,
con su bella jeta de apóstol
y dentro de su marco de madera,
está el bigotudo del padre
ese que se murió de un resbalón,
y que mira a su batallón
tragar la sopa fría:
haciendo grandes “flchsss”
haciendo grandes “flchsss”

Y después está la vieja momia
que no se cansa de respirar
y que todos esperan ver reventar
puesto que es ella quien tiene los mangos.
y que no se escucha siquiera
eso que cuentan y recuentan
esas pobres manos .

Tengo que decirle, señor,
que en casa de esa gente
no se habla, señor,
no se habla:
se cuenta.

Y después, y después,
y después esta Frida
que es bella como un sol
y que me ama tanto
como yo la amo a ella!

Hablábamos seguido
de tener una casa
con un montón de ventanas
casi sin paredes
y de que ahí viviremos
y de que será bueno y agradable...

y de que si esto no es tan seguro
como podría ser
es porque los otros no quieren
es porque los otros no quieren
los otros que dicen
que ella es demasiado linda para mí
que yo soy bueno nada más
que para degollar gatos...
yo jamás maté un gato, señor,
o, tal vez sí, hace mucho tiempo...
o bien ya me olvidé
o bien no olían tan bien…

En fin, ellos no quisieron…

A veces nos encontramos
fingiendo una casualidad
Con sus ojos húmedos
ella dice que partirá
ella diceque me seguirá
y entonces, por un instante
por un instante, solamente,
yo le creo
entonces yo le creo
por un instante

por un instante solamente

porque de la casa de esa gente, señor
no hay forma de irse, señor
no hay forma de irse
no hay forma de irse

pero... ya es tarde, señor,
mejor me voy a mi casa.

Traducción: Bruno Di Benedetto



Ces gens-là
Jacques Brel (1929-1978)

D'abord il y a l'aîné
Lui qui est comme un melon
Lui qui a un gros nez
Lui qui sait plus son nom
Monsieur tellement qui boit
Ou tellement qu'il a bu
Qui fait rien de ses dix doigts
Mais lui qui n'en peut plus
Lui qui est complètement cuit
Et qui se prend pour le roi
Qui se saoule toutes les nuits
Avec du mauvais vin
Mais qu'on retrouve matin
Dans l'église qui roupille
Raide comme une saillie
Blanc comme un cierge de Pâques
Et puis qui balbutie
Et qui a l'œil qui divague
Faut vous dire Monsieur
Que chez ces gens-là
On ne pense pas Monsieur
On ne pense pas on prie

Et puis, il y a l'autre
Des carottes dans les cheveux
Qu'a jamais vu un peigne
Ou’est méchant comme une teigne
Même qu'il donnerait sa chemise
A des pauvres gens heureux
Qui a marié la Denise
Une fille de la ville
Enfin d'une autre ville
Et que c'est pas fini
Qui fait ses petites affaires
Avec son petit chapeau
Avec son petit manteau
Avec sa petite auto
Qu'aimerait bien avoir l'air
Mais qui n'a pas l'air du tout
Faut pas jouer les riches
Quand on n'a pas le sou
Faut vous dire Monsieur
Que chez ces gens-là
On ne vit pas Monsieur
On ne vit pas on triche

Et puis, il y a les autres
La mère qui ne dit rien
Ou bien n'importe quoi
Et du soir au matin
Sous sa belle gueule d'apôtre
Et dans son cadre en bois
Il y a la moustache du père
Qui est mort d'une glissade
Et qui regarde son troupeau
Bouffer la soupe froide
Et ça fait des grands flchss
Et ça fait des grands flchss
Et puis il y a la toute vieille
Qu'en finit pas de vibrer
Et qu'on attend qu'elle crève
Vu que c'est elle qu'a l'oseille
Et qu'on écoute même pas
Ce que ses pauvres mains racontent
Faut vous dire Monsieur
Que chez ces gens-là
On ne cause pas Monsieur
On ne cause pas on compte

Et puis et puis
Et puis il y a Frida
Qui est belle comme un soleil
Et qui m'aime pareil
Que moi j'aime Frida
Même qu'on se dit souvent
Qu'on aura une maison
Avec des tas de fenêtres
Avec presque pas de murs
Et qu'on vivra dedans
Et qu'il fera bon y être
Et que si c'est pas sûr
C'est quand même peut-être
Parce que les autres veulent pas
Parce que les autres veulent pas
Les autres ils disent comme ça
Qu'elle est trop belle pour moi
Que je suis tout juste bon
A égorger les chats
J'ai jamais tué de chats
Ou alors y a longtemps
Ou bien j'ai oublié
Ou ils sentaient pas bon
Enfin ils ne veulent pas

Parfois quand on se voit
Semblant que c'est pas exprès
Avec ses yeux mouillants
Elle dit qu'elle partira
Elle dit qu'elle me suivra
Alors pour un instant
Pour un instant seulement
Alors moi je la crois Monsieur
Pour un instant
Pour un instant seulement
Parce que chez ces gens-là
Monsieur on ne s'en va pas
On ne s'en va pas Monsieur
On ne s'en va pas
Mais il est tard Monsieur
Il faut que je rentre chez moi.

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